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Kijû Yoshida : Eros + Massacre

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Il est amusant de constater combien le terme de Nouvelle Vague désigne, en France et au Japon, des mouvements si dissemblables : là où la jeune garde du cinéma français des années 1950-60 proposait une forme rejetant ce qui s’était fait avant, avec un véritable manifeste à sa disposition et une véritable unité artistique, les Japonais rangés sous le terme de Nouvelle Vague se distinguaient par leur volonté de se singulariser. Jusqu’alors, au Japon, les studios faisaient la loi, avec des acteurs, réalisateurs et techniciens sous contrat : on n’allait pas voir un film de Mizoguchi, mais un film de la Nikkatsu, où il officiait. Et donc voici la Nouvelle Vague, avec ses sensibilités si disparates : l’existentialisme d’Hiroshi Teshigahara, avec ses contes cruels La Femme des sables ou Le Visage d’un autre, l’anarchisme créatif de Seijun Suzuki, avec ses polars ardents pop et free jazz tels que La Jeunesse de la bête ou Le Vagabond de Tokyo – ou celui qui nous intéresse aujourd’hui, Yoshishige « Kijû » Yoshida.

Yoshida

Yoshida est un cinéaste qui aime les femmes – comme, me direz-vous, Mizoguchi, que nous évoquions plus haut. Seulement, là où Mizoguchi considéraient ses figures féminines avec un regard tendre et anthropologique, Kijû Yoshida s’en fait le prêtre, zélote solaire de la beauté suprême. Au fil d’une filmographie à la composante sociologique forte, il va tailler des portraits de femmes sublimes (et tout particulièrement, depuis ses débuts dans La Source thermale d’Akitsu (1962) jusqu’à son rôle poignant dans Femmes en miroir (2002), son épouse et égérie Mariko Okada), mises en scène avec une attention portée tout particulièrement au cadre et à la photographie. Cinéaste patient, Yoshida compose ses films avec lenteur, et une attention portée à chaque image, faisait de chaque image une unité de sens propre – aux deux sens du terme : une unité de signification, et une unité sensorielle.

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Eros + Massacre représente littéralement le chef-d’œuvre de Kijû Yoshida, son magnum opus, la synthèse de la composante politique forte de sa filmographie, et de ses multiples obsessions filmiques. Suivant, quatre heures durant, les pas de la personnalité politique Sagae Osuki, le film s’intéresse à sa conception de l’idéalisme politique, et à sa vision de l’absolu romantique – deux notions évidemment entremêlées. Parallèlement, deux étudiants de la fin des années 1960 redécouvrent son legs, et vivent ces années de libération morale et physique sous le patronage de cette figure politique importante. Fleuve narratif extraordinaire, Eros + Massacre représente à la fois l’aboutissement de la carrière de son auteur, et une porte d’entrée prestigieuse pour sa filmographie passionnante, dans une édition double précieuse par l’éditeur Carlotta – et c’est notre affaire du mois, au prix de 10€.

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