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La rareté du mois : A Canterbury Tale

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A Canterbury Tale est le premier échec public et critique de Powell et Pressburger. Il faut dire que cette histoire d’homme à la colle prenant pour cible les femmes couchant avec des soldats est tout à fait bizarre. Il faut dire aussi que cette intrigue n’intéresse que fort peu l’un ou l’autre. Pressburger, parce qu’en s’inspirant des Contes de Canterbury de Chaucer, le scénariste saisit à la fois l’opportunité de raconter un récit initiatique détaché du réel, à l’image des contes moraux ancestraux, et celle d’étudier encore une fois les rapports d’amitié et de défiance entre Américains et Britanniques. Et Powell qui venait de voir partir son égérie Deborah Kerr, et qui mettra tellement de lui dans ce film – avant tout, son amour de sa région natale, le Kent. Sans doute fallait-il qu’il aimât quelque chose.

Exit donc l’intrigue de l’englueur. A Canterbury Tale suis les pas de trois pèlerins vers Canterbury, un Américains, une Anglaise, un Anglais. Comme eux, le film va flâner en chemin, se laisser séduire par la beauté du Kent, magnifiée par la grandiose photographie de Erwin Hillier. Alors que le précédent Je sais où je vais utilisait la force de la volonté, comme un ressort à la fois comique et narratif, A Canterbury Tale ne sait guère où il va. Pauses et bifurcations jalonnent ce voyage, qui va mener ses protagonistes vers une révélation finale, au sens religieux du terme. Sans prosélytisme, A Canterbury Tale pose l’épiphanie tranquille de ses héros comme une alternative apaisée à la perte de repères laissée par la Seconde Guerre mondiale.

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Tissant ses images comme autant de tableaux moyenâgeux, Michael Powell réalise un film d’une grande délicatesse esthétique, parsemé de coups de génie formel – voir, à ce titre, la séquence introductive mettant en parallèle l’oiseau de proie et l’avion, et ce, tant d’années avant 2001… Il réalise surtout une œuvre à la candeur touchante, un joyau imparfait, fort de sa faiblesse, au rythme incertain, à la finalité nébuleuse – un film que P&P désavoueront eux-mêmes, ne sachant pas percevoir combien l’humanité réelle qui sourd du film est réelle et touchante.

La restauration exemplaire de l’Institut Lumière permet de voir ce film méconnu – et le travail formidable d’Erwin Hillier – dans toute sa gloire. Le DVD est assorti d’un livret passionnant : c’est notre rareté du mois à Ciné Corner.

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