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Dix ans déjà : Maddin, Malick, Coscarelli

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Le Nouveau Monde

8

Terrence Malick se faisait rare, à l’époque du Nouveau Monde : Les Moissons du ciel en 1978, La Ligne rouge en 1998, et voici donc Le Nouveau Monde en 2006. Depuis, l’énigmatique réalisateur a adopté un rythme plus intense – et une partie de son mystère s’en est allé avec son erratique productivité. Le Nouveau Monde précède, dans sa filmographie, The Tree of Life : autrement dit, c’est le calme avant la tempête, avant le schisme qui va opposer ceux que le poème sensible et grandiose de Malick fascinent, à ceux qui ont des difficultés avec les allégories à base de dinosaures en CGI approximatives et de fonds d’écran HD pour PC.

C’est donc, pour Malick, le moment de grâce ultime, le dernier film où sa poétique visuelle, son emphase profonde remporte l’adhésion totale. Basant son récit sur la romance entre John Smith et l’Indienne Pocahontas (ce qui donnera un des plus mauvais films de la firme Disney), Malick accommode harmonieusement chrétienté et panthéisme – un couple pourtant aussi volatile, sur le papier, qu’une Indienne et un colon blanc. Et c’est bien simple : à la vision du Nouveau Monde, tout le monde, dévots de tous bords comme athées,  s’incline devant la beauté divine de ce grand film œcuménique – un véritable moment de grâce sur-humain, une romance déchirante et hors du temps, certainement le plus rassembleur des films de son auteur, qui ne cesse, depuis, de diviser.

The Saddest Music in the World

7

Guy Maddin a sa chapelle d’adorateurs – c’est d’ailleurs ce que, ici ou là, on lui reproche : de « faire du Maddin ». Reste que l’univers du Canadien demeure précieusement singulier dans le domaine de la production cinématographique, celui d’un formaliste à la stylistique loin d’être évidente à appréhender, mais qui pourtant parvient à se maintenir à la disposition du plus grand nombre – peut-être plus que tout avec cette Saddest Music in the World, où il met en scène un concours visant à couronner la chanson la plus triste du monde, avec en récompense son poids en litres de bière locale. Absurde et poétique, The Saddest Music in the World est probablement le film le plus linéaire de son auteur, une excellente porte d’entrée dans son univers. À sa suite, on pourra découvrir le lyrique Dracula : pages tirées du journal d’une vierge, le touchant Winnipeg, mon amour – ou La Chambre interdite, qui s’impose déjà comme l’un des évènements majeurs de l’année cinéma 2016.

Bubba Ho-Tep

9

Prisonnier de ses Phantasm, le réalisateur Don Coscarelli sort en 2006 son improbable Elvis Presley (+ J.F. Kennedy) vs. La Momie, avec Bruce Campbell, sorti de la routine des caméos naphtalinés, dans le rôle du chanteur. On n’en attendait pas grand chose, et pourtant : impeccable série B d’épouvante, Bubba Ho-Tep est surtout une formidable radiographie de l’âme américaine, de ses névroses complotistes et de ses idéaux chevaleresques, et un authentique rôle à Oscar pour Campbell. Le glissement du réel pour exprimer plus librement sa vision d’une société, on connait ça depuis Montesquieu : Coscarelli s’y entend à merveille, comme Rob Zombie avec ses terribles Devil’s Reject, ou Tim Burton avec son délicat Edward aux mains d’argent. Bubba Ho-Tep n’a pas le statut culte de l’un, l’aura de l’autre : dommage – il les vaut bien.

C’était aussi en février 2006

Eli Roth jetait un pavé dans la mare avec Hostel : le torture porn, sous-genre dont il a accouché (avec la franchise Saw), était particulièrement dispensable ; Neil Jordan réalisait le sensible Breakfast on Pluto, pour lequel Cillian Murphy campait un formidable personnage transsexuel qu’on ferait bien de se rappeler, alors d’Eddie Redmayne lorgne sur les Oscar avec sa Danish Girl.

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