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Fisher King

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Il y a quelque chose dans Terry Gilliam qui fait que son cinéma sera toujours daté, même lors de la sortie de ses films, depuis Jabberwocky jusqu’à Zero Theorem. Pour certains, ce sera relativement dommageable – Brazil, pour important qu’il ait été, porte aujourd’hui les stigmates du temps qui a passé et le susdit Zero Theorem a déjà follement vieilli –, pour d’autres, pas du tout : ainsi l’esthétique particulière des Aventures du baron de Münchausen ou de L’Imaginarium du Dr Parnassus leur épargne les outrages du temps.

Seul, dans la filmographie de Gilliam, Fisher King porte fièrement les marques de son âge : profondément ancré dans les années 1980, le film est un témoignage saisissant de la vie des laissés pour compte de l’Amérique de Reagan – au même titre que le hargneux Invasion Los Angeles de John Carpenter. De deux, Gilliam a le regard le plus tendre, tant il est vrai que John Carpenter n’a jamais choisi la voie de l’illusion pour échapper à un réel trop dur. Terry Gilliam, quant à lui, de Sam Lowry au baron de Münchausen, considère avec une bienveillance douce-amère l’idée de s’évader dans les terres de la folie.

C’est ce que fait son Parry (Robin Williams) lorsque la vie lui réserve un drame de trop : il s’enferme dans une construction mentale arthurienne, de laquelle Jack Lucas (Jeff Bridges), animateur radio en disgrâce suite au sarcasme de trop, va tenter de le tirer. Terry Gilliam place son récit au croisement d’un New-York à la féerie sombre et d’un imaginaire omniprésent mais finalement assez délicat. Ce sont ses personnages qui porteront le film, pas le baroque frappadingue de nombre de ses autres projets.

De ce fait, Fisher King constitue non seulement l’un des films les plus touchants de Terry Gilliam, mais également un véhicule de choix pour Robin Williams et Jeff Bridges. Avec le regard habituellement fixé sur un horizon lointain, Terry Gilliam a constitué un œuvre baroque qui demande beaucoup (de passion comme d’indulgence) à son auditoire – Fisher King étant l’exception à cette règle. Fou mais gracieux, baroque mais humain, il est sans doute le film le plus équilibré de son auteur – une charge – habituelle chez lui – contre la médiocrité et l’absence de fantaisie, mais également une belle fable new-yorkaise, entre Paul Auster et Capra.

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