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Dix ans déjà : Isabel Coixet, Alan Moore, John Carpenter

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The Secret Life of Words

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Il y a dix ans de cela, sortait The Secret Life of Words d’Isabel Coixet, le film à la distribution la plus importante pour sa réalisatrice. Toujours centrée autour de l’incommunication, du non-dit et de tous les discours non-verbaux, l’univers de la réalisatrice espagnole prend ici place sur une plate-forme pétrolière, donnant à Tim Robbins et à son égérie Sarah Polley l’occasion d’incarner ses thématiques favorites.

Il n’en fallait pourtant pas autant à Isabel Coixet dans son remarquable Ma vie sans moi pour exprimer l’insularité de la vie profonde de chacun : pour autant, le trait n’est pas forcé – l’interprétation de Robbins et Polley restant toujours dans une délicate mesure. Pas suffisamment bien accueilli par le public, The Secret Life of Words condamna Isabel Coixet à demeurer dans un relatif anonymat en France – alors que son cinéma mérite bien mieux. Dix ans plus tard, il est sans doute temps de réparer cette injustice.

V pour Vendetta

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C’est sous le patronage des Wachowski que James McTeigue va adapter V pour Vendetta, la dystopie anarchique d’Alan Moore, à l’écran. On le sait depuis La Ligue des gentlemen extraordinaires ou Watchmen, il en va d’Alan Moore comme de Lovecraft : le passage à l’écran lui est une trahison – et V pour Vendetta ne fait pas exception, n’étant pas même l’ombre du formidable roman graphique philosophico-politique dont il est tiré. Bon, c’est dit, passons.

En soi, V pour Vendetta est un film pataud, caviardé de gimmicks chers aux Wachowski (une scène de combat au couteau en bullet-time hérité de Matrix, tout de même !), mais qui pourtant reste sans doute ce que l’on peut trouver de plus subversif, dans le domaine du blockbuster hollywoodien. Le film promeut la désobéissance civile, pourvu que le gouvernement soit corrompu, avec un révolutionnaire mystérieux, paré du masque de Guy Fawkes, un révolutionnaire qui voulut faire sauter le parlement anglais au XVIème siècle et reste depuis une figure de la résistance populaire en Angleterre. Le groupe Anonymous porte aujourd’hui le même masque, mais à qui le doit-on : Fawkes lui-même, Moore, ou le film ?

Mystère. Il reste que V pour Vendetta aurait pu devenir un grand film, un classique du septième art subversif au même titre que Johnny s’en va-t-en guerre ou que Easy Rider. Engoncée dans tout un tas de scories visuelle, son âme furieuse transparaît pourtant parfois à l’écran – et est digne qu’on ne l’oublie pas.

Fog

C168-13 Ð (l to r) Maggie Grace, Cole Heppell and Tom Welling star in Revolution StudiosÕ horror/thriller The Fog, a Columbia Pictures release.  Photo Credit: Rob McEwan
Il y a dix ans de cela, John Carpenter était déjà sur la pente descendante : Los Angeles 2013, Ghosts of Mars ou Vampires peinèrent à trouver grâce aux yeux de ceux qui ne faisaient pas déjà partie de la chapelle Carpenter : la patte du maître, pourtant intouchée, ne s’accordait sans doute plus avec le temps. En 2005, Carpenter fait coup double : d’une part, il réalise La Fin absolue du monde, sa mémorable contribution à la première saison de Masters of Horror, et il adoube – et, de fait, produit – le remake de son propre film, Fog. Trahison, lassitude, opportunisme, je-m’en-foutisme ? Probablement tout à la fois : le réalisateur n’a guère fait mystère de sa tristesse grandissante face à l’accueil toujours plus frais réservé à ses films. Il ne s’occupe d’ailleurs plus guère de réaliser, aujourd’hui.

Et donc c’est Rupert Wainwright qui s’y colle : The Fog 2005 reprend l’argument de l’original – des fantômes débarquent sur une ville côtière accompagnés d’un brouillard impénétrable – et l’adapte sans beaucoup de saveur aux nécessités commerciales de la série B pour ados façon années 2000. On passera donc vite sur ce coup d’essai sans beaucoup d’importance pour se consacrer plus volontiers au remake de The Thing, qui a, lui, le mérite d’avoir une réelle personnalité.

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