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Le classique du mois : Assurance sur la mort

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Il y a fort à parier que ni Billy Wilder, ni Raymond Chandler n’auraient parié sur le triomphe artistique et cinématographique d’Assurance sur la mort, alors qu’ils travaillaient tous les deux sur le scénario. L’attitude de séducteur impénitent du premier, le penchant très affirmé pour la boisson du deuxième, une haine farouche et réciproque : voilà qui a dû pimenter l’ambiance des séances d’écriture du scénario.

Adapté du roman du journaliste et écrivain James M. Cain sur l’affaire Ruth Snyder, Assurance sur la mort est aujourd’hui considéré comme un des chefs-d’œuvre du Film Noir (littéralement et à juste titre, puisqu’il en constitue pratiquement le mètre-étalon, avec par exemple le Détour d’Edgar G. Ulmer). Réputé pour la finesse et le cynisme de ses dialogues, le développement de ses personnages et la beauté ténébreuse de son atmosphère, le film doit son indéniable et intemporelle réussite à la conjonction de nombreux talents : Barbara Stanwyck et Fred McMurray dans les rôles principaux, avec Edward G. Robinson au second plan, Miklós Rózsa à la musique, John F. Seitz à la direction photographique – et donc, le duo Chandler/Wilder.

Le seul à faire faux bond à cette ribambelle de talents sera David O. Selznick. Celui-ci venait de lancer la promotion de Depuis ton départ (Since You Went Away en V.O.) avec le slogan « Since You Went Away sont les quatre mots les plus importants pour le cinéma depuis Autant en emporte le vent (Gone with the Wind) », promotion que Billy Wilder haïssait. Celui-ci la parodia donc avec sa propre promo : « Assurance sur la mort (Double Indemnity) sont les deux mots les plus importants pour le cinéma depuis Le Lys Brisé (Broken Blossom, 1919, de D.W. Griffith) ». Selznick apprécia fort peu, et menaça Wilder d’un procès – mais ce fut Alfred Hitchcock qui mit tout le monde d’accord en assurant que « Les deux mots les plus importants pour le cinéma aujourd’hui sont Billy et Wilder ! ».

Wilder admettra plus tard que c’est la résistance de Raymond Chandler qui permit, avant tout autre chose, de donner à Assurance sur la mort sa saveur si particulière – même si cela ne l’empêcha pas de consacrer son film suivant, Le Poison, à l’alcoolisme de Chandler pour « expliquer Chandler à lui-même ». Conjonction chaotique ou harmonieuse, la réalisation d’Assurance sur la mort reste une réussite parfaite et intemporelle : c’est notre classique du mois à Ciné Corner.

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