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Les Nibelungen de Fritz Lang

Dans la filmographie de Fritz Lang, Les Nibelungen, notre rareté du mois, précède Metropolis, et fait suite aux Trois Lumières et à Docteur Mabuse, le joueur. Fort du succès de ces deux films (et appuyé par une inflation galopante qui lui offre des moyens colossaux), le réalisateur allemand réalise une saga fleuve à l’esthétique formidable, et dont la réputation fut un temps des plus sulfureuses.

On parle d’ailleurs légitimement ici de saga, puisque Les Nibelungen s’inspire avant tout des chansons héroïques germanophones du XIIIème siècle, plus que de l’œuvre de L’Anneau des Nibelungen de Wagner. Convoquant des moyens sans précédent, Fritz Lang donne corps à la fantasmagorie des chansons héroïques : un dragon, des nains, des palais à l’esthétique hypnotique, des décors merveilleux et grandioses (et tous, pourtant, réalisés en studio), un récit de conquête empreint de malice, de mensonge et de fourberie.

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Son caractère hautement spectaculaire, ainsi que la réputation établie par les précédents films de Fritz Lang, vaut à la première partie – Siegfried – de ce fantastique poème filmé un succès public et critique colossal, en Allemagne évidemment mais aussi à l’étranger. La Vengeance de Kriemhild, qui vient après et qui développe le récit bien au-delà de l’intrigue adoptée par Richard Wagner, est par comparaison un échec.

Il faut dire que la récupération politique est passée par là, et que l’UFA (Universum-Film AG) y voit le parfait véhicule propagandiste en cette année 1924. La légende veut d’ailleurs que Siegfried ait valu à Fritz Lang de se voir offrir la présidence du service de production cinématographique du IIIème Reich – une offre historiquement avérée mais dont on notera que le réalisateur la refusa avant de s’exiler aux États-Unis. Il n’est plus là lorsque l’UFA ressort Siegfried assorti d’une nouvelle partition musicale, mais aussi et surtout d’un commentaire omniprésent, qui exalte les valeurs nationalistes allemandes.

Ce n’est pas la première fois que ce foisonnant récit mythologique est récupéré par tel ou tel bord : des nationalistes aux romantiques, tout le monde de la culture en Allemagne se réclame peu ou prou de Siegfried au XIXème siècle. Ce qu’on reproche à Fritz Lang, c’est au service de propagande chargé de dénaturer ses Nibelungen qu’il faut le reprocher : le réalisateur de M le maudit, quant à lui, va prouver – s’il en était encore besoin après Kriemhild – avec Metropolis que son propos central est la soumission de l’homme à une fatalité destructrice, créée de sa propre main. Ce n’est pas la vengeresse Kriemhild qui apporte la mort et la destruction, mais bien le hâbleur, menteur et tricheur Siegfried, qui n’est nullement le héros que quelques indésirables ont voulu voir en lui, mais l’incarnation – comme Beowulf ou Gilgamesh – de ce qui l’humain a de profondément faillible.

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