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Profession : Reporter

À sa sortie en 1975, Profession : Reporter est une pierre de plus dans l’édifice déjà polarisant de la filmographie de Michelangelo Antonioni, dont la période la plus productive date du début des années 1960.

Lors de sa présentation à Cannes, le film provoque les réactions auxquelles, aujourd’hui encore, le réalisateur de Blow Up nous a habituées : huées ennuyées pour certains, fascination profonde pour d’autres. Le fait demeure, dans Profession : Reporter comme dans le reste de son œuvre, que rarement un cinéaste aura su convoquer avec autant de force la beauté pure dans son cadre.

Le film suit les pas de Jack Nicholson, en reporter penchant à gauche, ostensiblement dogmatique. Il lui faut couvrir les mouvements de rébellion dans un pays africain qu’on devine être le Tchad. Il n’y parviendra jamais, pas à sa satisfaction en tout cas. Dès lors, le reporter va remettre tout en question : son couple qui bat de l’aile, sa vocation – et lorsque le destin lui offre l’opportunité d’usurper l’identité de son voisin d’hôtel, découvert mort, il la saisit à pleines mains. Il renvoie le cadavre chez lui, et entame une errance irresponsable, qui bien sûr n’a qu’un temps.

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Car le cadavre à l’identité usurpée est un trafiquant d’arme, et beaucoup le recherchent. D’une vie sans finalement beaucoup d’impact sur le monde, l’ancien reporter doit assumer d’être devenu, paradoxalement par un mouvement parfaitement inconséquent, un être agissant sur le monde. C’est le sens réel du titre original en argot anglophone, The Passenger : un individu qui se laisse porter par l’action de la masse, mais qui n’agit pas. Quelle marque laisse-t-on sur le monde, cela en vaut-il la peine : la question, posée par le reporter Antonioni – qui vient, quelques années avant, de s’aliéner les autorités de l’Empire du milieu avec son documentaire La Chine – est d’autant plus pertinente. Sa réponse, de par sa force esthétique, n’en est que plus vertigineuse.

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